Second maillon de la chaîne de transmission de puissance du moteur à un véhicule, la boîte de vitesses propose plusieurs rapports entre la vitesse de rotation de l'arbre moteur et celle des roues motrices.
L'automobile est aujourd'hui en majorité mue par moteur thermique. De tels moteurs ont des caractéristiques de fonctionnement ne permettant pas toujours l'exploitation directe de leurs performances:
Cela impose pour l'usage d'un véhicule :
De plus, les conditions d'usage (route plate ou en relief) vont imposer des régimes de fonctionnement différents. Un véhicule doit donc disposer d'un organe de transmission de puissance proposant :
La dénomination "boîte de vitesses" est en partie erronée, puisque, en réalité, son rôle est d'adapter le couple. Cette appellation est liée aux premières machines industrielles qui recevaient, dans les usines, la puissance d'un arbre moteur commun (souvent animé par un moulin à eau ou une machine à vapeur) et tournant à vitesse constante. Des boîtes de sélection de la vitesse permettaient le choix d'un régime de fonctionnement. La dénomination anglo-saxone est donc plus juste : Gear Box (littéralement : boite à engrenage), cependant, toutes les boîtes de vitesses ne sont pas construites sur le principe de transmission par engrenages.
La technologie naissante des véhicules électriques annonce l'abandon de cet organe de transmission. En effet les moteurs électriques sont de plus en plus performants (couple important et compacité), et peuvent être directement implantés dans la roue ce qui élimine même tout élément de transmission (différentiel, cardans...).
La transmission hydrostatique depuis longtemps adoptée sur les véhicules de chantier et agricoles permet une variation continue de vitesse avec une distribution naturelle des couples à l'ensemble des roues, et des rendements exceptionnels. Malheureusement encombrante (réservoir d'huile et refroidissement) mais très facile à mettre en œuvre, elle n'a fait l'objet que d'essais sur les véhicules de petite taille.
Pour les véhicules à moteurs thermiques, on pourra distinguer les boîtes suivant trois fonctions techniques indépendantes :
À chaque combinaison correspond un type de boîte de vitesses différent.
La boîte manuelle dite « à pignons toujours en prise » est la plus utilisée de nos jours; elle se distingue sur ce point avec les boîtes de machines outils qui disposent d'engrenages désaccouplés.
Ce type de boîte est constitué généralement de deux arbres portant des pignons :
L'arbre de sortie est lié au couple conique du différentiel, intégré au carter de la boîte (pour les véhicules à traction avant) ou reporté sur le pont arrière (pour les véhicules à propulsion).
Le changement de rapport se fait par manipulation de coulisseaux actionnant crabots et synchroniseurs grâce aux fourchettes de commandes liées temporairement au levier de vitesses.
Après débrayage, pour rendre un pignon fou solidaire de son arbre, il faut dans un premier temps le synchroniser avec son arbre, c'est à dire annuler la vitesse de rotation relative, puis le bloquer en rotation. La manœuvre est assurée par un synchroniseur (synchro) et un crabot montés sur des cannelures, donc en liaison glissière avec l’arbre, et commandés en translation par l’une des fourchettes. L'accouplement entre le crabot et le pignon correspondant s'effectue au moyen de dents, qui peuvent être frontales (créneaux) ou périphériques (cannelures). Les formes complémentaires des deux éléments assurent une transmission de la puissance par obstacle. Ce sont ces dents-là qui grognent lorsqu'on loupe la manœuvre, et pas les dents d'engrenage.
Le maintient du rapport enclenché se fait à l’aide d’un système de verrouillage des crabots sur l'arbre de sortie, mais aussi des coulisseaux de fourchette (entraînés par le levier de vitesses) sur le carter de boîte.
C'est une version dérivée de la boîte de vitesses manuelle qui reprend le même principe mécanique de pignons et crabots. Le passage de vitesses ne se fait plus mécaniquement par la manœuvre du conducteur au moyen d'un levier et d'une pédale de débrayage, mais au moyen d'un programmateur mécanique ou électro-hydraulique. Le conducteur ne peut pas choisir un rapport au hasard sinon un rapport consécutif à celui en service, ce qui constitue une séquence de passage de vitesses. C'est le cas des boîtes de motocylettes, en particulier.
Le pilotage électronique de l’injection (ou du papillon motorisé) peut mettre le moteur au régime voulu pour le passage des vitesses, si bien que la position de l'accélérateur n'a momentanément plus d'influence pendant la durée du changement de rapport.
Ceux-ci sont pilotés par un système électronique expert, qui, en communiquant avec le système de contrôle du moteur, ordonne et gère le débrayage et les passages de vitesses au moment jugé optimum pour les performances requises par le conducteur et pour limiter la consommation de carburant. On trouve ce système chez différents constructeurs, sous l'appellation Sensodrive chez Citroën, Quickshift chez Renault, Selespeed chez Alfa Roméo, F1 chez Ferrari, sur les camions et les autobus. Le conducteur peut donner l'ordre du passage de vitesse au moyen d'une commande manuelle (levier ou bouton sur le volant ou palette derrière le volant) si la conception du système le permet.
Utilisé en compétition (rallye notamment) et sur les motos, cette boîte possède l'avantage de pouvoir se passer d'embrayage et d'avoir un meilleur rendement, au prix d'une usure qui peut être rapide et d'un claquement lors des passages de vitesse.
Une boîte manuelle (synchronisée) possède des synchros qui permettent de mettre à la même vitesse l'arbre primaire et l'arbre secondaire de boîte avant de passer le rapport. Une boîte à crabot ne possède pas ces synchros et la vitesse passe d'un coup et parfois violemment si les deux arbres n'ont pas la même vitesse. Ces boîtes ont souvent des engrenages à dentures droites qui supportent mieux les à-coups mais qui font plus de bruit et ont un meilleur rendement, car il n'y a pas de poussée latérale due aux pignons à denture hélicoïdale.
Sur certains modèles, le conducteur peut, de plus, donner l'ordre du passage de vitesse au moyen d'une commande manuelle (levier ou bouton sur le volant ou palette derrière le volant).
Cette boîte est en général associée à un coupleur hydraulique, qui remplace l'embrayage classique à friction par un embrayage centrifuge à huile.
Note importante : le contrôle du niveau d'huile d'une boîte automatique se fait moteur tournant, la pompe à huile "remplissant" le convertisseur de couple. Ceci implique qu'une boîte automatique dispose d'une jauge.
La boîte idéale serait celle proposant le bon rapport pour chaque situation. On ne peut cependant pas multiplier les rapports à l’infini. La gamme de rapports proposés doit donc être la plus universelle possible. Longtemps limitée à 3 vitesses, la boîte automobile à progressivement pris 4 puis 5 voire 6 vitesses sur les véhicules haut de gamme. Les camions ont, depuis longtemps, des étagements de transmission sur plus de 10 rapports. Les motocyclettes en ont, habituellement, 6 (on a vu des modèles de série avec 7 rapports, et davantage en compétition).
Cependant certains véhicules (Daf dans les années 1960) ont disposé d'un variateur proposant une gamme continue de rapports.
Le rapport de transmission globale (boîte (s) + pont) est un rapport entre les vitesses du moteur et des roues, mais aussi (au rendement près) entre le couple moteur et le couple disponible à la roue.
Les moteurs proposant un couple plutôt modéré et fonctionnant correctement à des régimes élevés (milliers de tours/minute), il convient donc de réduire la vitesse (centaines de tours/minute) ce qui aura pour effet d’augmenter le couple à la roue, c'est-à-dire l’effort de propulsion (au sens large) du véhicule.
La série de rapports disponibles sur une boîte est optimisée en prenant en compte les caractéristiques du moteur :
Le rapport de première n’est utilisé que pour arracher le véhicule de sa position d’arrêt. Sa détermination repose sur la considération d’un cas défavorable de démarrage, à savoir le véhicule en charge maximale et une côte à 15 %. On détermine ainsi par une étude mécanique statique, le couple nécessaire à la roue.
La marche arrière est donc souvent proposée avec le même rapport de transmission que la première (voire un peu plus court).
Une fois le véhicule en mouvement, pour atteindre la vitesse de croisière, ou la vitesse maximale, l’accélération impose une force de propulsion permanente. Le moteur doit donc donner le maximum de couple. Pour cela, lors du passage du rapport supérieur (par exemple 1 vers 2), le moteur quittant le régime à puissance maximale doit retomber au moins sur le régime à couple maximal. Il en résulte un étagement idéal des rapports de transmission suivant une suite géométrique dont la raison est le rapport entre les régimes à puissance et couple maximum.
La pénétration dans l’air de la voiture et les frottements dans l’ensemble de la transmission offrent une résistance à l’avancement qui évolue avec la vitesse. La puissance consommée augmente donc avec la vitesse. Il existe donc une valeur de puissance équivalente à la puissance maximale délivrée par le moteur. Ce régime de fonctionnement permet de fixer le rapport supérieur de la boîte de vitesses. C’est, par ailleurs, ce rapport qui entre en compte pour le calcul de la puissance fiscale d’un véhicule (France).
Bien sûr ce rapport n’entre pas systématiquement dans la suite définie précédemment. L’étagement est alors corrigé.
Les considérations écologiques ont conduit les constructeurs à réduire la consommation des véhicules. Aujourd’hui le dernier rapport est souvent déterminé pour un régime de croisière à consommation spécifique minimale (consommation par tour minimale, soit un rendement maximal). Ce point de fonctionnement du moteur est suffisant pour maintenir la voiture à vitesse établie.
Les véhicules tout-terrain sont souvent équipés d’une seconde boîte de vitesse appelée boîte de réduction ou transfert, la plupart du temps non synchronisée, donc manipulée à l’arrêt. La réduction offrant plus de force à l’avancement pour les franchissements. Le même dispositif permet aux tracteurs agricoles de disposer de plus de force pour la traction des socs et autres charrues.
Le Coupé Napoléon d'Ettore Bugatti, équipée d’un moteur de 8 cylindres et 15 000 cm³, tellement coupleux, que le seul rapport de 2 suffit à la conduire depuis 0 jusqu’à des vitesses peu raisonnables, la 3 ne prenant le relais que pour aller chatouiller les 200 km/h.
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