Bataille navale de la Guerre de Sécession, disputée le 5 août 1864.
Elle voit une escadre nordiste, sous les ordres du Contre-Amiral David G Farragut, forcer l'entrée de la baie de Mobile et l'emporter sur une escadre sudiste menée par le cuirassé CSS Tennessee.
L'escadre de blocus de l'Ouest du Golfe du Mexique (West Gulf Blockade squadron) est chargée de l'opération.
L'entrée de la baie est barrée par des îles peu élevées, portant des forts en maçonnerie. A l'est, le Fort Morgan, 38 canons 7 de 10", 3 de 8" et 22 32 livres; 2 rayés de 6,5", 4 rayés de 5,8", . En plus, le commandant du fort, le brigadier Rrichard L. Page, avait établi 29 autres pièces dans des batteries extérieures. La plus formidable armée des columbiads de 10", un 8" rayé et deux 32 livres rayés. Notons que les renseignements fournis à Farragut étaient encore plus alarmants, attribuant "de 120 à 125 bouches à feu" au lieu des 70 pouvant réellement battre le chenal.; à l'Ouest, sur l'île Dauphine, le Fort Gaines, 25 canons 3 columbiads de 10", 5 30livres, 2 de 24 livres et 2 de 18 livres; il avait aussi 4 32 livres rayés. Il disposait en plus de 11 obusiers de 24 livres mais devaient plutôt servir à la défense du fort..
Le passage principal, entre les îles et les bancs de sable, passe à l'est de la passe, sous les canons du Fort Morgan.
David Glasgow Farragut est né James G Farragut, le 5 juillet 1801 à Campbell Station, près de Knoxville, Tennessee. Fils de Jorge Farragut, marin de Minorque, aux Baléares, immigré aux Etats-Unis en 1776. Son père servira la marine de son nouveau pays et c'est tout naturellement que le jeune Farragut suivra les pas de son père.
L'un des amis de la famille Farragut était David Porter, officier renommé de l'US Navy. On raconte que Porter avait été sauvé d'un naufrage par Jorge. Quoiqu'il en soit, David Porter offrit de prendre soin de l'éducation de James et d'en faire un officier de marine. Ce que l'enfant dû apprécier puisqu'il décida de porter désormais le prénom de David.
A 8 ans, il se retrouve mousse; à 9 ans, appointé comme "midshipman"Aspirant de Marine.. A 11 ans, il assiste à son premier combat et à 12 reçoit son premier commandement, celui d'une prise qu'il ramène à bon port. Son parcours est classique jusqu'au début de la Guerre de Sécession.
Bien que né dans le Tennessee, élevé en Louisiane, vivant en Virginie (3 etats qui font sécession), il reste fidèle à l'Union. En Janvier 1862, il reçoit les étoiles de Contre-amiralLe Contre-Amiral USN arbore 2 étoiles dorées sur ses épaulettes. Toujours une seule étoile sur la manche, mais huit galons dorés. Chez les confédérés, on a bien prévu 4 postes d'Amiral mais un seul sera pourvu. Il n'a pas de distinction spécifique. Tous les "flags officers" portent des épaulettes avec 4 étoiles dorées (2 grandes entre deux plus petites), 3 galons dorés sur la manche, en sus de celui formant boucle. et prend le commandement de l'escadre du blocus de l'Ouest du Golfe du Mexique (West Gulf Blockade squadron).
En avril 1862, il force le passage et s'empare de la Nouvelle-Orléans, privant la Confédération du débouché du Mississipi.
En juin 1862, il est au siège de Vicksburg. Mais sans grand succès, ses navires n'étant que de peu d'utilité.
En 1864, il reçoit la mission de s'emparer de Mobile. Il s'empare des accès de la Baie de Mobile le 5 août 1864. Mais la ville sera prise plus tard, par l'Armée de Terre. Il sera nommé Vice-Amiral à la suite de cette bataille.
En 1866, le Congrès des Etats-Unis lui accorde le grade d'Amiral qu'il est le premier à obtenir.
En 1867-1868, il commande l'escadre d'Europe ("european squadron").
En 1868, il est pressenti pour se présenter comme candidat à la Présidence, mais décline la proposition.
Il meurt le 14 août 1870, à l'âge de 69 ans, à Portsmouth, New-Hampshire. Le convoi funéraire est conduit par le président Ulysse S Grant et suivi, entre autres, par 10.000 marins et soldats.
L'Amiral Farragut fait partie du Panthéon américain. Par comparaison, on peut assimiler son image à celle de Bayard pour les français voire, toutes proportions gardées, à Nelson pour les britanniques.
Revenons en juillet 1864, avec l'escadre qui fait le blocus de la Baie de Mobile.
Son escadre comprend 26 navires. Ils seront repartis en 3 groupes.
Ceux qui vont forcer le passage.
4 monitors (tecumseh, manhattan, winnebago, chikasaw);
5 frégates (Hartford, Brooklyn, Richmond, Lackawanna, Monongahela);
3 sloops (kenebec, itasca, oneida);
6 canonnières (octorara, metacomet, Port Royal, seminole, galena, ossipee);
Son escadre est disposée en 2 colonnes. Celle de droite, la plus proche des canons du Fort Morgan, est composée des 4 monitors. Celle de gauche regroupe les navires en bois.
Pour s'assurer que ceux-ci ne seront pas désemparés et immobilisés au milieu du passage, ils sont couplés, deux à deux, avec une canonnière amarrée sur leur côté gauche. Le premier est le Brooklyn avec, à sa gauche, l'Octorara. Derrière, on trouve, dans l'ordre, Hartford et Metacomet, Richmond et Port royal, Lackawanna et Seminole, Monongahela et Kenebec, Ossipee et Itasca, Oneida et Galena. Tous les navires en bois portent, sur leur flanc droit, des chaînes en guise de blindage improvisé. Ceux qui restent en réserve. 4 autres canonnières (sebago, pembina, genesee, bienville) restent à l'Est de Mobile Point. ''' Ceux qui feront diversion en attaquant Fort Powell.'''
Le cuirassé Tennessee.
Le cuirassé ("ironclad") C'est le 2e du nom. Avant lui, un autre navire a porté ce nom est mis sur cale en octobre 1862, à Selma, Alabama; mis à l'eau fin février 1863, il est remorqué jusqu'à Mobile pour y être armé. Il y reçoit son blindage, ses machines et ses canons. Il est réceptionné le 16 février 1864 et mis sous les ordres du Lieutenant James D Johnston. Il ne comporte alors aucun aménagement pour accueillir l'équipage... C'est un "ironclad" de facture classique pour les confédérés. C'est à dire qu'il porte une casemate aux flancs inclinés de 45°. Les plans d'après lesquels il a été construit dérivent de ceux du Columbia ... qui dérivaient eux-même des plans de ceux de la classe "Richmond", c'est à dire de l'un des deux modèles de base dessinés par Porter au début du conflit.. Mais le blindage comporte 3 couches, où ses prédécesseurs n'en avaient que 2Un exemple, expliquant cette augmentation du blindage : le 17 juin 1863, devant Savannah, le CSS Atlanta combat 2 monitors nordistes, USS Weehaukeen et USS Nahant. De classe Passaic, ils portent chacun dans leur tourelle un canon de 381 mm (15 pouces) et un autre de 280 mm (11 pouces). Leurs canons de 15 pouces infligeront au sudiste de gros dégâts, malgré son blindage de 2 couches superposées de plaques de fer de 5 centimètres (2 pouces) d'épaisseur. Echoué, il amenera son pavillon 20 minutes plus tard.. Les plaques fournies par une fonderie d'Atlanta mesurent 6,40 mètres de long (21 pieds) pour une largeur de 18 cm (7 pouces). Leur épaisseur est de 5 cm (2 pouces). Sur l'avant et jusque derrière le poste de pilotage, 3 épaisseurs de ces plaques sont rivetées. Ensuite, jusqu'à la fin de la casemate, le blindage comprend deux couches de plaques de 5 cm sur une troisième ne faisant, elle, que 2,5 cm (1 pouce). Le pont a un blindage fait d'une couche de plaques de 5 cm.
La hauteur de la casemate est de 2,44 mètres (8 pieds).
Son déplacement est de 1273 tonnes. Sa longueur de 63,70 mètres (209 pieds), pour une largeur de 14,63 mètres (48 pieds). Il a un tirant d'eau de 4,27 mètres (14 pieds)
Ses machines viennent d'un navire de commerce, le "Alonzo Child"mais cette origine est contestée par certaines sources.. Ce sont 2 machines à vapeur alimentées par 4 chaudières. Le Tennesse dispose de 2 hélices quadripales. Les machines manquent de puissance et ne permettront qu'une vitesse de 6 noeudsUn "noeud" est une mesure de vitesse donnant la distance parcourue en 1 heure, mesurée en milles marins, 1852 mètres. Une vitesse de 6 noeuds, c'est 6 milles marins à l'heure ou 11 kilomètres/heure. Le cuirassé Tennessee est donc particulièrement lent. au cuirassé.
Un grave défaut peut être relevé. Il vient des chaînes permettant de manoeuvrer le gouvernail. Elles sont à découvert sur le pont arrière et sans aucune protection.
Son équipage comprend 133 marins.
Son armement comprend 6 canons. Sur chaque flanc, 2 canons rayés Brooke de 6,4 pouces. A l'avant et à l'arrière, 1 canon rayé, Brooke de 7 pouces
Les sabords sont protégés par des mantelets de fer de 13 cm d'épaisseur (5 pouces), permettant de protéger l'équipage pendant le chargement de la pièce. Sur les cotés, ces mantelets coulissent dans des glissières permettant de les remonter au dessus du sabord. Pour les sabords des extrémités, les mantelets sont fixés sur le bas et pivotent; des chaînes permettant des les manoeuvrer.
Les 3 autres navires.
Les autres navires de la flotille sudiste sont des navires en bois, non blindés, équipés de roues à aubes sur les cotés.
Le dispositif de défense sudiste.
Comme la passe la plus à l'Ouest ne permet qu'à des canots et des navires légers de passer. Les sudistes sont sûrs que leurs adversaires devront passer par la passe entre Sand Island et l'extrémité de la presqu'ile où est installé Fort Morgan. Pour être sûrs que les navires entrants ou sortants sont bien sous le feu de ses canons, seul un étroit passage 146 mètres (160 yards), dira le général Maury, responsable du Bureau des torpilles chez les sudistes, dans un rapport du XXX. est laissé libre sur la partie la plus à droite. Le reste du goulet est barré par des pieux (partie gauche) et un champ de mines (au centre).
Les mines, que l'on appelle "torpilles", à l'époque, sont des armes assez nouvelles et que la Confédération utilise pour pallier la petitesse de sa marine. Elle en installé un peu partout et a déjà coulé plusieurs navires nordistesPar exemple, USS Cairo, le 12 Décembre 1862, sur la rivière Yazoo (Mississipi). Au total, on attribuera 55 naufrages aux mines pendant le conflit.. Ces "torpilles" sont en fait des petits tonneaux Souvent des barrils de bière. Vides. Mais on trouve aussi des cylindres en fer blanc.. Enduits de goudron, à l'intérieur comme à l'extérieur, pour essayer de les garder étanches, ils sont remplis de 100 livres de poudre noire...ou autre matière explosive, comme le fulmi-cotton.. laissant une petite poche d'air pour assurer la flottabilité. A chaque extrémité du tonneau, est rattaché un cône taillé dans un tronc d'arbre; ceci, tant pour la flottabilité, encore, que pour éviter que le tonneau ne fasse la toupie, empêchant les détonateurs à pression faire leur travail si un navire arrive à son contact.
Il existe d'autres modèles connus, en forme de troncs de cône, par exemple; ceux-ci sont placés verticalement dans l'eau et surmontés d'un détonateur à friction.
Les détonateurs sont de différents types. Par pression, comme déjà cité; la "torpille" portant plusieurs gros "boutons" sur l'un desquels on espère voir le bâtiment ennemi appuyer pour actionner le détonateur. Le fonctionnement est aléatoire dans la mesure où il suppose que l'engin reste fixe et n'est pas agité par le courant ou une autre raison. On trouve ensuite des détonateurs à bascule; dans ce cas, la "torpille" est surmontée d'une tige que la coque du bateau va basculer, assurant le jeu d'une gâchette qui va enflammer la charge. Enfin, on cite l'existence, sinon l'utilisation, de torpilles déclanchées à distance par électricité. Dans ce cas, l'opérateurCf. Rapport du lieutenant JTE Andrews au Bureau des Torpilles, daté 20 août 1864, et l'annotation de l'Etat-major, préconisant le recrutement d'officiers en disponibilité ou invalides pour tenir ces emplois. est à l'abri sur la rive et provoque l'explosion au moment qu'il juge opportun. Enfin, la torpille est amarrée au fond de l'eau par un poids en forme de champignon auquel elle est reliée par une forte chaîne.
Dans le chenal donnant sur la baie de Mobile, il y a trois rangées de « torpilles », en quinconce. Ce sont près de 180 engins qui ont été placés, au fil des mois, par les sudistes. Pour prévenir les forçeurs de blocus, il y a une bouéeLa bouée de l'Est est la fameuse bouée rouge que l'on trouve dans la majeure partie des relations du combat. Notons que pour d'autres sources, elle est noire.. placée à l'Est et à l'ouest du champ de mine.
Les navires de la flotille sudiste sont placés à l'est du chenal, à l'abri des canons du Fort Morgan. Il est prévu que si les nordistes se présentent, les 3 canonnières se placent derrière le champ de mines pour prendre en enfilade les assaillants. Le cuirassé devant faire son affaire des navires ayant échappé aux « torpilles » ou aux canons du Fort Morgan.
Le plan d'attaque nordiste.
Pour le contre-amiral Farragut, l'essentiel est de passer le Fort Morgan, de rentrer dans la baie. Il prévoit une attaque en deux colonnes. Celle de droite, la plus proche du Fort Morgan, comprendra les monitors. Leur cuirasse doit leur permettre de passer.
Les monitors se présenteront dans l'odre suivant. En tête, le Tecumseh. Derrière, le Manhattan, suivi du Winnebago et du Chickasaw.
Les autres navires, en bois, non blindés, formeront la colonne de gauche. Pour éviter qu'un navire ne se retrouve désemparé sous les canons sudistes, Farragut les fait disposer par paires. A droite, le bateau le plus gros, vapeur à hélice, à sa gauche un bateau plus petit, à roues à aubes. La colonne se présente comme suit :
Brooklyn et Octorara, Hartford et Metacomet, Richmond et Port-Royal, Lackawanna et Seminole, Monongahela et Kennebec, Ossipee et Itasca, Oneida et Galena.
Les navires placés sur la droite, vont installer des chaînes sur leur flanc droit, dans l'espoir que celles-ci constituent une protection contre les boulets. De même, les canots seront mis en remorque, ou à gauche pour essayer de les protéger un peu.
Enfin, les voiliers de la colonne de droite, diminueront leur mâture pour ne conserver que les bas-mâts et les huniers. Sur tous les voiliers, on placera aussi des filets, destinés à protéger l'équipage de la chute d'espars.
Le passage du fort.
Le combat du Tennessee.
La torpille, dormante ou portée, s'affirme comme une arme promise à un grand avenir.
Des images du Fort Morgan : http://www.civilwaralbum.com/misc/ftmorgan1.htm
en français : http://lpracht.free.fr/Abennett/f_coastal.htm
La "Ohio State University" met en ligne les "official records" de la Guerre de Sécession. http://ehistory.osu.edu/uscw/library/or/index.cfm
Elle donne aussi le contenu de "Battles & Leaders of the Civil War", recueil de témoignages.
James M McPherson, "la guerre de sécession", Bouquins, R Laffont, 1991, ISBN 2-221-06742-8
André Kaspi, "la guerre de sécession, les états désunis", Découvertes Gallimard 157, 1992, ISBN 2-07-053165-1
Angus Konstam, "confederate ironclad 1861-65", New vanguard 41, Osprey, 2003, ISBN 1-84176-307-1
Angus Konstam, "union monitor 1861-65", New vanguard 45, Osprey, 2002, ISBN 1-84176-306-3
Chester G Hearn, "Naval battles of the civil war", Salamander Books, 2000, ISBN 1-84065-163-6
Guerre de Sécession | Bataille navale | Bataille des États-Unis | 1864
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