Les normes Bâle II (le Nouvel Accord de Bâle) constituent un dispositif prudentiel destiné à mieux appréhender les risques bancaires et principalement le risque de crédit ou de contrepartie et les exigences en fonds propres. Ces directives ont été préparées depuis 1998 par le Comité de Bâle, ville de Suisse, sous l'égide de la « banque centrale des banques centrales » : la Banque des Règlements Internationaux.
La réforme Bâle II vise notamment à la mise en place du ratio McDonough destiné à remplacer le ratio Cooke qui date de 1988.
Contexte
L'une des principales activités des
banques, et certainement la plus connue du grand public, est
la distribution de
crédit à l'
économie, ou
intermédiation. Cette activité, naturellement
risquée (le
débiteur peut être partiellement ou totalement défaillant, c'est le
risque de contrepartie
ou
risque de crédit), entraîne la nécessité d'outils de contrôle et de
mesures de prudence. La fin du a vu la mise en place d'un ensemble de
recommandations internationales à cet égard, sous l'égide du
Comité de Bâle. Ces recommandations
sont généralement traduites dans les
législations des états membres (ou celle de l'
Union européenne).
Après avoir mis en place une première recommandation connue sous le nom d'Accord de
Bâle en
1988, le Comité a réformé celle-ci à partir de
2001 pour aboutir à la publication le
15
juillet 2004 de la recommandation «
Bâle II ».
Le risque de crédit et les fonds propres des banques
Lorsqu'une banque prête (à un particulier, une entreprise, une collectivité...), elle encourt un
risque de crédit. Celui-ci peut se manifester comme une absence ou un retard de paiement de tout ou
partie du service de la dette, c'est à dire le remboursement du principal et le paiement des
intérêts.
Par ailleurs, les banques adossent aux prêts qu'elles consentent, comme à tous leurs actifs (emplois), des ressources. Ces ressources peuvent de façon simples être classées en deux catégories :
On peut (entre autres) définir les fonds propres comme les fonds qui appartiennent en propre à
l'entreprise (ici la banque), c'est-à-dire à ses actionnaires. Ainsi, en cas de liquidation,
après désintéressement de tous les créanciers, ne resteront que les fonds propres.
Naturellement, plus la proportion de fonds propres par rapport aux dettes est élevée (on parle de
solvabilité), plus la sécurité est grande. Dans le cas contraire, il est à craindre qu'une partie
des créanciers ne puisse être dédommagée si cela s'avérait nécessaire.
Dans le cas où le risque de crédit défini ci-dessus est avéré, la banque voit se manifester une
perte, qui vient en diminution des fonds propres. Le risque de crédit entraîne donc un risque de
solvabilité par le biais d'une diminution possible des fonds propres.
Dans la mesure où les banques sont généralement elles-même financées par d'autres banques ou
institutions financières, un effet dominos est à craindre : la défaillance d'un établissement
peut entraîner celle de ses créanciers (donc d'autres banques), et ainsi de suite. On parle
généralement de risque systémique. C'est la prise de conscience de ce risque qui a motivé la
création d'instances internationales en charge de publier des recommandations prudentielles, comme
le Comité de Bâle.
Les accords de Bâle et le ratio Cooke
En 1988, le
Comité de Bâle, composé des gouverneurs des banques centrales de 13 pays de
l'
OCDE
[Allemagne, Belgique, Canada, Espagne, États-Unis, France, Italie, Japon, Luxembourg, Pays-Bas, Royaume Uni, Suède, Suisse]
publie les premiers «Accords de Bâle», ensemble de recommandations dont le pivot est la mise en
place d'un ratio minimal de fonds propres par rapport à l'ensemble des crédits accordés, le
ratio Cooke.
Ainsi sont définies les notions de :
Ces deux notions étant rigoureusement précisées par rapport à un système comptable (comptes
concernés, pondérations éventuelles).
Le rapport des deux valeurs ne doit alors pas être inférieur à 8 % dans les propositions des Accords
de Bâle.
Il est à noter qu'il ne s'agit que de recommandations, charge à chaque état membre (et à tout autre
état intéressé) de les transposer dans son droit propre. Ainsi, en France est appliqué depuis le
1993 le ratio
de solvabilité européen (directive 89/647/CEE du 18 décembre 1989), traduite dans le droit français par le
règlement 91-05 du Comité de la réglementation bancaire et financière et l'instruction 91-02 de
la Commission Bancaire.
Les accords de Bâle sont actuellement appliqués dans plus d'une centaine de pays.
Les accords de Bâle II et le ratio McDonough
Présentation
La grande limite du ratio Cooke, et donc des règlementations issues des premiers accords de
Bâle, est liée à la définition des engagements de crédit. La principale variable prise en compte
était le montant du crédit distribué. A la lumière de la
théorie financière moderne, il apparaît
qu'est négligée la dimension essentielle de la qualité de l'emprunteur, et donc du
risque de crédit qu'il
représente réellement.
Le Comité de Bâle va donc proposer en 2004 un nouvel ensemble de recommandations, au terme
duquel sera définie une mesure plus pertinente du risque de crédit, avec en particulier
la prise en compte de la qualité de l'emprunteur, y compris par l'intermédiaire d'un système de
notation interne propre à chaque établissement (dénommé IRB, Internal Rating Based).
Le nouveau ratio de solvabilité est le ratio McDonough[William J. McDonough a été le président du Comité de Bâle jusqu'en avril 2003.].
En fait, les recommandations de Bâle II s'appuient sur trois piliers (terme employé explicitement
dans le texte des accords) :
- l'exigence de fonds propres (ratio de solvabilité McDonough) ;
- la procédure de surveillance de la gestion des fonds propres;
- la discipline du marché (transparence dans la communication des établissements).
Pilier I : l'exigence de fonds propres
Comme indiqué ci-dessus, c'est le chapitre qui nous intéresse le plus ; il affine l'accord de 1988 et cherche à rendre les
fonds propres cohérents avec les risques réellement encourus par les établissements financiers. Parmi les nouveautés, signalons la prise en compte des risques opérationels (fraude et pannes de système) et des risques de marché, en complément du risque de crédit ou de contrepartie.
Pour le risque de crédit les banques peuvent employer différents mécanismes d'évaluation.
La méthode dite
standard consiste à utiliser des systèmes de notation fournis par des organismes externes.
Les méthodes plus sophistiqués (méthodes
IRB pour
Internal Ratings Based) avec la méthode dite
IRB-Fondation et celle dite
IRB-Avancée impliquent des méthodologies internes et propres à l'établissement financier d'évaluation de cotes ou de notes, afin de peser le risque relatif du crédit. Les différentes mesures ont une incidence directe sur la capitalisation requise.
Pilier II : la procédure de surveillance de la gestion des fonds propres
Comme les stratégies des banques peuvent varier quant à la composition de l'actif et la prise de risques, les banques centrales auront plus de liberté dans l'établissement de normes face aux banques, pouvant hausser les exigences de capital là où elles le jugeront nécessaires...
Pilier III : la discipline de marché
Des règles de transparence sont établies quant à l'information mise à la disposition du public sur l'actif, les risques et leur gestion.
Le calendrier de mise en place
En ce qui concerne l'Union Européenne (et donc l'ensemble des États membres) :
- 26 juin 2004 : Publication des recommandations dites « Bâle II »
- 15 juillet 2004 : Projet de directive européenne de traduction de l'accord
- 1er janvier 2006 : Les établissements de crédit calculent en parallèle le ratio Cooke (Bâle I) et le ratio McDonough (Bâle II)
- 1er janvier 2007 : Date prévue de l'application de la directive européenne
Notes
Voir également
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