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siège d'Alésia
ConflitGuerre des Gaules
Date-52
LieuAlésia, Jura ou Côte-d'Or
IssueVictoire romaine
Combattants
Coalition gauloise Armée romaine
Commandement
Vercingétorix Jules César
Forces en présence
80 000 fantassins
et 12 000 cavaliers dans l'oppidum + 246 000 de l'armée de secours
10 à 12 légions
soit 72 000 fantassins, et la cavalerie romaine/germaine (environ 10 000)
Pertes
150 000 tués, 70 000 déportés 8.000

Alésia est un oppidum gaulois habité par les Mandubiens, dont le site a été le théâtre de la bataille décisive de la Guerre des Gaules qui opposa Jules César à la coalition gauloise menée par l'Arverne Vercingétorix en 52 av. J.-C..

Localisation


Selon l'historiographie dominante et à la suite des fouilles initiées par Napoléon III, c’est à Alise-Sainte-Reine (en Côte-d'Or) qu'a été situé officiellement le site d'Alésia. Toutefois, la localisation d'Alésia en Bourgogne a toujours été contestée en raison d'une difficile compatibilité entre l'emplacement et la topographie d'Alise-Sainte-Reine et le récit de César.

Un débat ancien

Les controverses sur la localisation d'Alésia se sont véritablement développées au 19e siècle, époque qui vit les progrès de l'archéologie scientifique, mais aussi de son instrumentalisation. De nombreuses raisons expliquent la persistance et la durée du débat : le patriotisme local et la volonté de rattacher sa région à un épisode majeur de l'histoire, des raisons politiques dont l'opposition au pouvoir central, le nom de Napoléon III restant attaché aux fouilles d'Alise-Sainte-Reine, la difficulté méthodologique qu'il y a à concilier la lecture d'une source écrite (principalement César) qui peut être partielle et subjective, avec des restes archéologiques qui doivent être révélés et interprétés. Si plusieurs centaines de sites ont eu vocation ou prétendu être Alésia, la querelle ne porte plus que sur deux sites, le site officiel d'Alise-Sainte-Reine en Côte d'Or, et celui de Chaux-des-Crotenay/Syam dans le Jura.

Chaux-des-Crotenay/Syam

C'est en se basant d'une part sur le texte précis de la Guerre des Gaules et d'autre part sur un passage de Dion Cassius situant Alésia chez les Séquanes que l'archéologue André Berthier retint finalement le site de Chaux-des-Crotenay/Syam dans le Jura. Des recherches archéologiques préliminaires y permirent, entre autres, d'identifier selon lui et ses partisans un système complet de fortifications correspondant à la description de César, du mobilier contemporain de la bataille, ainsi que les vestiges du mur d'enceinte d'une ville importante au sommet de l'oppidum. Des fouilles approfondies et de plus grande importance devront être autorisées pour confirmer cette localisation d'Alésia. Les détracteurs de cette hypothèse insistent sur le caractère abstrait de cette méthode, sur l'absence de découverte archéologique probante (matériel daté par stratigraphie et typologie) et sur le caractère exceptionnel qu'occuperait ce site dans la typologie des oppida celtiques de la fin de l'époque de la Tène (surface, organisation).

Alise-Sainte-Reine

La localisation à Alise est une des plus anciennes qui ait été proposée. Les fouilles faites durant le règne de Napoléon III y ont dégagé un vaste ensemble de fortifications (fossés, palissades) autour de l'oppidum gaulois et un important matériel dont la datation n'a pas toujours été bien reconnue, l'état des recherches dans les années 1860 amalgamant des époques différentes. La découverte d'une inscription d'époque gallo-romaine portant le nom "Aliisia" a aussi été retenue comme argument par les partisans du site. Depuis ces fouilles le site d'Alise est reconnu officiellement comme celui d'Alésia. La querelle ne s'éteignant pas, de nouvelles fouilles ont été effectuées dans les années 1990 par une équipe franco-allemande dirigée par M. Reddé et publiées récemment. Ces fouilles ont confirmé les trouvailles et la topographie dégagées sous le Second-Empire. Elles ont par ailleurs découvert du matériel bien daté par typologie, à la fois de l'époque gauloise (la Tène finale) et de l'époque romaine (fin de la République). La trouvaille d'une balle de fronde au nom d'un légat de César, Labienus, a été soulignée. Les partisans de la localisation à Alise ont souligné ces découvertes et argué de leur prise en compte par la plus grande partie de la communauté scientifique internationale.

Le passage de Dion Cassius situant Alésia chez les Séquanes n'est pas nécessairement probant pour refuser l'hypothèse d'Alise. Il s'agit d'une notation rapide faite par un auteur grec très postérieur aux évênements. Dion Cassius n'était pas forcément capable, au début du troisième siècle, de situer à nouveau précisément l'oppidum des Mandubiens, et il est douteux qu'il s'en soit beaucoup soucié. Il a pu par ailleurs être trompé par l'ambiguité de certaines de ses sources (ambiguité sur la situation d'Alésia que l'on retrouve dans le texte grec de Plutarque).

Le corpus de monnaies trouvées lors des fouilles du XIXème siècle et depuis, en particulier lors des fouilles des années 1990 constitue un argument de poids pour le site d'Alise. Si les trouvailles du XIXème siècle furent critiquées par les adversaires d'Alise, qui y dénoncèrent même parfois des falsifications, elles plaident en effet aujourd'hui pour l'authenticité du site. D'une part la répartition des monnaies romaines, ce que l'on appelle le facies numismatique du corpus correspond à ce que l'on sait maintenant des frappes républicaines, mais que l'on ignorait à l'époque de leur trouvaille : il est difficile de plaider le faux. D'autre part la même observation peut être faite pour le groupe des monnaies gauloises, dont la grande diversité de provenance reflète la diversité de composition de l'armée coalisée gauloise. Les ensembles de monnaies gauloises trouvés au XIXème siècle présentent une composition très proche des trouvailles des fouilles récentes : cette diversité n'est donc pas le résultat d'une imposture attribuable aux fouilleurs du Second-Empire. Les progrès récents de la numismatique celtique, à la suite des travaux de Jean-Baptiste Colbert de Beaulieu n'ont par ailleurs apporté aucune contradiction aux trouvailles faites à Alise, au contraire.

Le caractère probant de ces exhumations reste contesté par les tenants de la localisation jurassienne (Danielle Porte) qui datent le matériel découvert de l'époque gallo-romaine et émettent des doutes sur l'authenticité de certaines pièces.

Prélude


Après son échec au siège de Gergovie, fin avril 52 av. J.-C. César remonte au nord avec ses six légions rejoindre les quatre de son lieutenant Labiénus. Il stationne ensuite dans la région de Langres, chez les Lingons, peuple resté fidèle à Rome. Il y recrute une cavalerie de mercenaires germains propre à garantir une retraite plus sûre vers la Province romaine. La vallée de la Saône étant militairement bouchée, il choisit de rejoindre la province romaine vers Genève en passant par le pays des Séquanes. Voyant les légions romaines battre en retraite, Vercingétorix abandonne sa stratégie de terre brûlée et décide d'anéantir l'armée de César avant qu'elle n'ait pu franchir le Jura. Mi-août, l'attaque surprise de la cavalerie gauloise est mise en échec par les cavaliers germains et Vercingétorix décide de se replier sur la hauteur d'Alésia avec une impressionnante armée composée, d’après César, de 95 000 hommes (15 000 cavaliers et 80 000 fantassins), munis d'un mois de ravitaillement, qui s'ajoutent dans l'oppidum à la population locale des Mandubiens. Il y attend l'armée gauloise de secours, qui doit venir prendre l’armée romaine à revers. César et ses dix à douze légions, soit seulement 60 à 72 000 hommes, décident de mettre le siège autour de l'oppidum d'Alésia, qui contrôle la route vers la Province.

Travaux de siège


L'oppidum est établi sur un éperon barré inaccessible. L'escarpement mesure plusieurs dizaines de mètres. Étant de plus en infériorité numérique, César doit renoncer à un assaut. Il met alors en œuvre le génie romain pour les travaux de siège, afin d'affamer les Gaulois et de réduire la ville à la reddition. Il établit une double ligne de fortification.

Autour de la ville, une ligne de travaux défensifs de plus de 16 km, la contrevallation, est édifiée pour empêcher les sorties des assiégés. Dans les parties planes de la ligne de défense, le système de fortification est constitué d'un fossé de 4,50 m de largeur et de même profondeur ("vallum"), dont la terre sert à construire un remblai ("agger") de 3,50 m de haut, surmonté d'une palissade avec pieux (pluteus). Ce système était ponctué de tours (tous les 24 mètres). En avant du fossé sont enterrés des petits pieux équipés de pointes de fer (stimuli). En avant des stimulis sont disposés sur 8 rangs et en quinconce, des trous coniques de 90 cm de profondeur au fond desquels ont été calés des pieux acérés dissimulés par des broussailles : ce sont les « lilia », dénommés ainsi en raison de leur ressemblance avec la fleur de lys. Ensuite vient un second fossé de 4,50 m de profondeur/largeur suivi d'un autre fossé de 1,50 m de profondeur et 6 m de largeur, comblé de troncs dont les branches ont été taillées de manière à former des pointes acérées (cippi). Vingt-trois fortins (castella) renforcent cette ligne de défense. Une reconstitution de cette fortification était visible à l'Archéodrome de Beaune.

Les mêmes travaux sont effectués pour une deuxième ligne de défense de 21 km, la circonvallation, tournée vers l'extérieur et destinée à protéger les assaillants d'une éventuelle armée de secours.

Lors de l'établissement de ces lignes de défense, les Romains tirent partie du relief accidenté du site d'Alésia, afin de limiter les travaux au strict nécessaire. Les lignes ne sont donc pas continues sur tout le périmètre défensif (il eût fallu 35 000 hommes 24h/24 pour réaliser les travaux de fortifications sur 37 km en plaine, comme à Alise-sainte-Reine).

L'armée de secours arrive devant Alésia six semaines plus tard, à la fin septembre. Elle est forte, selon César, de 246 000 fantassins et de 8 000 cavaliers. La concentration d’hommes réunis dans cet affrontement décisif est extraordinaire : environ 400 000 combattants sont en présence, auxquels s’ajoutent la masse des civils emmenés avec les armées, les serviteurs et esclaves de l’armée romaine.

L'infanterie romaine a pris position sur les lignes de contrevallation et circonvallation. César ordonne à sa cavalerie d'engager le combat contre la cavalerie gauloise renforcée par des archers et de l'infanterie légère. Les combats durent de la mi-journée jusqu'à la tombée de la nuit. La cavalerie germaine finit par mettre les cavaliers gaulois en fuite et massacre les archers. La cavalerie romaine finit de poursuivre les fuyards jusqu'à leur camp.

Le jour suivant, les Gaulois de l'armée de secours fabriquent passerelles, échelles et harpons puis, au milieu de la nuit lancent l'assaut. Ils se servent de flèches et pierres pour bousculer les défenseurs romains. Ceux-ci avec des frondes, des casse-têtes, des épieux repoussent les attaquants. L’obscurité entraîne des pertes lourdes des deux côtés. L’artillerie lance une grêle de projectiles. Les Romains renforcent systématiquement les points faibles à l'aide de troupes empruntées aux fortins situés en arrière. Les pièges ralentissent l'avancée des Gaulois au pied des palissades et n'ayant pu percer nulle part ils finissent par se replier au petit matin craignant d'être pris sur leur flanc droit si l'infanterie romaine du camp supérieur tentait une sortie. Vercingétorix, bien qu'alerté dès les premiers combats par les clameurs, perd trop de temps à manœuvrer ses engins d'assaut et à combler les premiers fossés. Il apprend la retraite des siens avant même d'arriver aux retranchements et regagne la ville.

La bataille décisive


Suite à ces deux échecs, une troupe d'élite de 60 000 hommes est constituée et mise sous le commandement de Vercassivellaunos, un cousin de Vercingétorix. Après une longue marche de nuit et une matinée de repos, Vercassivellaunos attaque le camp supérieur depuis la montagne nord. En même temps, la cavalerie gauloise s’approche des fortifications de la plaine et le reste des troupes se déploie en avant du camp gaulois. Vercingétorix sort de la ville avec tout son matériel d'assaut. Les Romains attaqués de toute part commencent à céder, d'autant que les Gaulois réussissent à combler les obstacles. César envoie Labiénus en renfort pour le camp supérieur. Les assiégés, désespérant de venir à bout des fortifications de la plaine, tentent l’escalade des abrupts ; ils y portent toutes les machines qu’ils avaient préparées. Ils chassent les défenseurs des tours sous une grêle de traits, comblent les fossés réussissent à faire une brèche dans la palissade et le parapet. César envoie d’abord des renforts puis il amène lui-même des troupes fraîches. Ayant refoulé l’ennemi, il rejoint Labiénus avec quatre cohortes et une partie de la cavalerie tandis que l’autre partie de cette dernière contourne les retranchements extérieurs et attaque l’ennemi à revers. Voyant la cavalerie derrière eux et de nouvelles cohortes approchant, les Gaulois prennent la fuite. Les cavaliers romains leur coupent la retraite et les massacrent. Vercassivellaunos est capturé. Voyant ce désastre, Vercingétorix ordonne le repli de ses troupes. Au signal de la retraite, les troupes de secours quittent leur camp et s’enfuient. Les fuyards sont en partie rattrapés par la cavalerie romaine ; beaucoup sont pris ou massacrés ; les autres, ayant réussi à s’échapper, se dispersent dans leurs cités.

Le lendemain, Vercingétorix décide de se rendre. Après la reddition des Gaulois, 70 000 personnes seront déportées par les Romains, la plupart pour être données ou vendues comme esclaves, la reddition ayant permis d'épargner la vie des Gaulois réfugiés à Alésia. Chaque soldat de César reçut un Gaulois comme esclave. Du côté gaulois, le nombre des morts et des disparus est estimé à environ 10 000.

Informations complémentaires


La Guerre des Gaules n’est pas celle de tous les gaulois. Seuls les grands propriétaires terriens, qui voyaient Rome menacer leurs privilèges, souhaitent se débarrasser des Romains. Commerçants et artisans qui s’enrichissent de plus en plus au contact de Rome, espèrent ainsi se libérer de la tutelle de l’aristocratie.

L’ensemble du mobilier archéologique découvert sur le site d'Alise lors des fouilles de Napoléon III est déposé au musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye. La présentation des collections provenant de ce site est l’une des toutes premières à avoir été mise en œuvre à Saint-Germain : ainsi, dès l’origine des collections, la salle Alésia a constitué, à proprement parler, le cœur du musée des Antiquités nationales.

Bibliographie


  • J.-B. Colbert de Beaulieu, « Epilogue numismatique de la question d'Alésia », Mélanges d'archéologie et d'histoire offerts à André Piganiol, Paris, 1966, p. 321-342 et « Les Monnaies de bronze de Vercingétorix : faits et critique », Cahiers numismatiques, 1967, n° 13-déc. - p. 356-372.
  • Collectif, Vercingétorix et Alésia, catalogue de l'exposition des Antiquités nationales, Paris, 1994.
  • C. Goudineau, César et la Gaule, Errance, Paris, 1990 et Points-Seuil, Paris, 2000 (synthèse sur la Guerre des Gaules).
  • V. Kruta, articles Alésia et Alise-Sainte-Reine in V. Kruta, Les Celtes, Histoire et dictionnaire, Bouquins, Paris, 2000, pp. 400-401.
  • J. Le Gall, Les fouilles d'Alise-Sainte-Reine 1861-1865, Institut de France, Paris, 1989 (les fouilles du Second-Empire).
  • S. Lewuillon, Vercingétorix ou le mirage d'Alésia, Paris, Complexe, 1999 (mise en perspective et analyse sociale, anthropologique et politique de la guerre des Gaules)
  • D. Porte, L’Imposture Alésia, éd.Carnot, Paris, 2004 (défense du site jurassien).
  • M. Reddé (dir.) et alii,, Fouilles et recherches franco-allemandes sur les travaux militaires romains autour du mont Auxois (1991-1997), Mémoire de l'académie des inscriptions, 2 vol., Paris, 2001 (publication scientifique des fouilles d'Alise).
  • M. Reddé, Alésia - L'archéologie face à l'imaginaire, Errance - Hauts lieux de l'Histoire, Paris, 2003 (discussion de la localisation, présentation des fouilles d'Alise).
  • J.-L. Voisin, article Alésia, in J. Tulard éd., Dictionnaire du Second Empire, Paris, 1995, pp. 24-27.

Liens externes


Bataille de Rome | Siège | Monde celtique | Site archéologique de France | -52

Alesia | Battle of Alesia | Alesia | Batalha de Alésia

 

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