L'accord de Taëf est un traité inter-libanais destiné à mettre fin à la guerre civile libanaise qui a duré de 1975 à 1990. Il est présenté comme une tentative de restaurer la paix par un cessez-le-feu et par la « réconciliation nationale ». Négocié à Taëf en Arabie saoudite, il est le résultat des efforts politiques d'un comité composé du roi Hussein de Jordanie, du roi Fahd d'Arabie saoudite, et du président Chadli d'Algérie, avec le soutien de la diplomatie des États-Unis.
Il est signé le par soixante-deux députés de l'ancienne Assemblée nationale libanaise — chrétiens et musulmans. Ils adoptent des amendements constitutionnels visant surtout le territoire et le statut du Sud-Liban en favorisant les communautés musulmanes et définissent notamment la nature des relations libano-syriennes.
Cet accord est le résultat d'un laborieux compromis signé au terme de 23 jours de marchandages. Les députés les plus réticents ont bénéficié de la générosité du roi Fahd d'Arabie saoudite mais ce document ne satisfait que peu de personnes. Il consacre la mainmise de la Syrie sur le Liban à qui cet accord donne un base légale. Le texte de l'accord, remerciant les forces syriennes, annonce qu'elles « aideront les forces légales libanaises à étendre l'autorité de l'État libanais », ce qui dit explicitement que désormais les forces syriennes pourront intervenir militairement pour imposer les volontés de la Syrie. Cet accord est un succès diplomatique majeur pour la Syrie après treize années d'occupation militaire et d'asservissement de la classe politique libanaise, il est un pas important vers la réalisation du rêve de son président de reconstituer la mythique "Grande Syrie".
René Moawad est élu président, mais il est assassiné 17 jours plus tard — sa veuve accuse la Syrie. Le parlement élit Elias Hraoui, un député maronite de la Bekaa proche de la Syrie.
Lors de l'établissement de l'accord de Taëf, certains opposants libanais le dénoncent, étant selon eux signé à l'apogée de l'occupation syrienne et par un Parlement non réélu depuis près de 15 ans. Parmi eux, le général Michel Aoun, alors premier ministre intérimaire et commandant en chef de l'armée libanaise.
Immédiatement, quelques personnalités politiques libanaises de premier plan font connaître leur opposition à cet accord :
Les points traités dans l'accord sont restés en partie lettre morte à ce jour. D'une part le Liban n'instruit finalement pas le désarmement de plusieurs groupes armés, comme l'ALS (Armée du Liban sud, alliée d'Israël) qui n'est dissoute qu'en 2000, ainsi que plusieurs groupes palestiniens qui résident dans des camps de réfugiés. Ces derniers justifient leur refus de désarmer par le besoin de se protéger d'Israël. Enfin, le Hezbollah opère toujours au sud du Liban avec un soutien d'une partie de la population, cependant ces actions contre Israël ont amené certains observateurs dont des représentants du gouvernement libanais à considérer qu'il ne s'agit pas d'une milice mais d'un mouvement de résistance, tandis qu'au contraire une partie de l'opposition libanaise estime qui s'agit d'une milice qui doit être désarmée dans le cadre de l'accord de Taëf, désarmement auquel la plupart des observateurs, y compris le Hezbollah, aspirent une fois le litige avec Israël sur les fermes de Chebaa clos. La Syrie quant à elle soutient que selon l'accord de Taëf, son retrait ne peut se décider qu'avec l'agrément du Liban, repoussant jusqu'en 2005 un retrait de ses 14 000 soldats et 4000 membres des services secrets, et décide finalement en mars 2005 un retrait total (incluant les services de renseignement) qui se termine le 26 avril. Toutefois, les États-Unis et l'ONU ne croient pas à l'évacuation des services de renseignements syriens et annoncent des missions d'inspections supplémentaires. Pour finir, le retour des déplacés n'a pu être accompli que partiellement faute de fonds d'indemnisation, mais aussi par endroits, par le fait que la « mixité » confessionnelle induite par ces déplacements de population n'était pas réalisable sans engendrer de nouvelles tensions.
D'autres points de l'accord n'ont également pu être réalisés que partiellement ou tardivement, comme l'aboutissement au retrait d'Israël de zones du sud Liban qui eu lieu en 2000, à l'exception du territoire contesté des fermes de Chebaa.
En août 1990, l'accord est entériné par le Parlement libanais et devient partie de la Constitution libanaise. En octobre de la même année, le général Michel Aoun tente d'étendre son contrôle aux régions chrétiennes contrôlées par les Forces Libanaises, mais L'invasion du Koweit par l'Irak précipite sa fin: les États-Unis donnent le feu vert à la Syrie en échange de son soutien à la guerre du golfe. La guerre civile cesse avec l'éviction du général Aoun, à l'issue d'une offensive menée par l'armée syrienne et des éléments dissidents de l'armée libanaise.
L'accord de Taëf est suivi de la signature en 1991 d'un Traité de fraternité, de coopération et de coordination entre le Liban et la Syrie. Pour beaucoup de libanais, cet accord n'a finalement été que l'officialisation de l'annexion du Liban.
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