Une abbaye (du latin abbatia, dérivé de l'araméen abba qui signifie « père ») est un monastère chrétien ou un couvent placée sous la direction d'un abbé (ou d'une abbesse) qui sert de père (ou de mère) spirituel à la communauté religieuse.
Habituellement, on appelle couvent une abbaye de religieux ou de religieuses, dont le supérieur ne porte pas les noms d'abbé ou d'abbesse.
Il faut noter que le terme est assez récent par rapport à l'histoire du monachisme : on ne le rencontre pas par exemple dans la Règle de Benoît de Nursie, qui parle simplement de monastère. Le mot apparaît au . C'est Cluny qui est à l'origine de l'évolution des dénominations et qui définit l'organisation d'une abbaye à proprement parler, ce qui explique pourquoi la notion d'abbaye est principalement catholique. Depuis, les conditions pour élever un monastère au rang d'abbaye varient suivant la règle de chaque ordre monastique. Par exemple, chez les Trappistes, une maison nouvellement fondée est d'abord :
Les premières communautés chrétiennes connues consistaient en des groupes de cellules ou de huttes regroupées autour d'un lieu commun, en général la maison d'un ermite ou d'un anachorète réputé pour sa sainteté ou son ascétisme solitaire, mais sans aucune organisation préalable. Ce type de communauté n'est pas une invention du christianisme : on connaît des exemples antérieurs chez les Esséniens en Judée ou en Égypte.
À l'aube du monachisme chrétien, les ascètes vivaient généralement seuls, indépendamment les uns des autres, non loin d'un village et de l'église locale, subsistant par leur propre travail et distribuant le surplus aux pauvres. La ferveur religieuse, favorisée par les persécutions, a conduit nombre d'entre eux un peu plus à l'écart de la civilisation, dans les montagnes ou au fond des déserts. Dès lors, les déserts d'Égypte ont littéralement fourmillé de cellules ou de huttes habitées par ces anachorètes.
saint Antoine, retiré dans le désert égyptien pendant la persécution de Maximien (en 312), était le plus admiré d’entre eux pour son austérité, sa sainteté et son pouvoir d'exorciste. Sa renommée a attiré auprès de lui un grand nombre de disciples imitant son ascétisme afin d'approcher la sainteté de leur maître. Plus il se repliait dans une région reculée et sauvage, et plus des disciples affluaient. Ils refusaient de se séparer de leur maître et construisaient leurs huttes autour de celle de leur père spirituel. C'est ainsi que naquit la première communauté monastique, composée d'anachorètes vivant chacun dans leur propre maison, tous unis sous la direction d'un seul. Comme le remarque Neander dans son Histoire de l'Église,
Le vrai fondateur du mode de vie cénobitique (de koinos qui signifie « en commun » et bios qui signifie « vie ») dans son sens moderne est Pacôme, un Égyptien du début du IV siècle de l'ère chrétienne. La première communauté qu'il établit se trouvait à Tabennae, une île sur le Nil. Il fonda huit autres monastères dans la région au cours de sa vie, totalisant 3000 moines. 50 ans après sa mort, ils revendiquaient 50 000 membres. Ces entités rassemblaient des villages peuplés par des communautés religieuses d'un seul sexe et fondées sur le travail.
Les bâtiments étaient indépendants, humbles et de petite taille. Selon Sozomen, chaque cellule contenait trois moines. Ils prenaient leur repas dans un réfectoire commun ou dans une salle à manger à 15 heures, heure jusqu'à laquelle ils restaient à jeun. Ils mangeaient en silence, avec leurs capuches si baissées sur leur visage qu'ils ne pouvaient voir rien d'autre que la table au-dessous d'eux. Les moines ne passaient pas leur temps à célébrer des offices religieux ou à étudier les textes : leurs journées étaient essentiellement consacrées au travail manuel. Vers le , Palladius, en visite dans les monastères égyptiens, trouva environ 300 membres à Panopolis sous la règle de Pacôme, 15 tailleurs, 7 forgerons, 12 conducteurs de chameaux et 15 tanneurs. Chaque communauté séparée avait son propre oeconomus (intendant) résidant dans l'établissement principal. Tout le produit du travail des moines lui était confié, puis envoyé à Alexandrie. L'argent récolté par la vente de ces produits permettait d'acheter des boutiques destinées à soutenir financièrement la communauté, les richesses en trop étant distribuées à des fins charitables. Les supérieurs des différents coenobia se rencontraient deux fois par an au monastère principal, sous la présidence d'un archimandrite (« le chef du troupeau », de miandra qui signifie « berger »). Ils devaient en outre, lors de la dernière réunion annuelle, faire le rapport de leur gestion pour l'année passée. Le coenobia de Syrie appartenait à l'institution pâcomienne.
Nous avons appris beaucoup de détails concernant les communautés situées dans les environs d'Antioche grâce aux écrits de Jean Chrysostome. Les moines y vivaient dans des huttes séparées, les kalbbia, formant un hameau sur les pentes de la montagne. Sujets d'un abbé, ils observaient la règle commune (ils n'avaient pas de réfectoire, mais ils consommaient une nourriture commune limitée à du pain et de l'eau à la fin de la journée de travail, allongés sur de la paille, parfois devant leurs portes). Ils ne se rejoignaient que quatre fois par jour pour prier et réciter des psaumes.
Dans l'Europe occidentale, le monachisme fait son apparition à partir du delta du Rhône : Marseille, îles de Lérins, Arles, et remontera dans le couloir Rhodanien. De nombreuses figures encore très populaires, ne serait-ce que dans les noms de localités marquent ce monachisme : St Martin, évêque de Tours, St Césaire d'Arles… Ces personnages sont caractéristiques de la première période du monachisme où les abbés les plus fameux devenaient évêques, portant par là-même l'abbaye idéale au rang de modèle dans l'architecture que dans la morale, ou la discipline du clergé séculier, c'est-à-dire les prêtres des paroisses. À dater de cette période, les évêques et les abbés sont représentés avec les mêmes attributs : crosse, mitre, anneau, et croix pectorale.
Le monachisme se divise dès l'apparition des règles de l'Irlandais Colomban et de Benoît de Nursie entre monachisme latin et monachisme oriental. Chaque abbaye, selon sa règle est porteuse d'une architecture, d'un coutumier, et d'une filiation qui la relie à l'abbaye dont sont issus les moines qui l'ont fondée, et aux abbayes fondées par les moines qu'elle a formé. ainsi, peu à peu, un tissu monastique fait de solidarité entre les abbayes prend corps, avec en plus de la solidarité, l'autonomie économique comme principe normatif pour chaque abbaye. Dès lors, les abbayes deviennent des foyers économiques autour desquels se regroupent des populations.
Sur ce schéma cependant, jusqu'au XIIe siècle, peu de variété viennent se greffer. mais un vent de réforme et une nécessité de clarifier le statut juridique des personnes amène le Concile de Latran IV, en 1215, à réduire le nombre de règles des instituts religieux à cinq. À dater de Latran IV, donc, les nouveaux ordres religieux doivent se greffer sur des règles pré-existantes. À dater de 1215, les ordres religieux se distinguent en deux : les ordres monastiques, avec à leur tête un abbé, qui vivent dans un monastère, devenu synonyme d'abbaye, Les autres ordres religieux, qui résident en des couvents. Lorsqu'ils s'agit de chanoines, (prémontrés, victorins), un couvent peut porter le nom de monastère. Dans les ordres mendiants (dominicains, franciscains, minimes), ou apostoliques (Jésuites), les lieux de résidence se nomment couvent, car ces ordres n'ont pas d'abbé. Le symbole de la mitre et de la crosse qui est parfois porté par des membres de ces ordres est dans ce cas le symbole de leur élévation à l'épiscopat (cf supra). Le nom de monastère donné à leurs lieux de résidence indique une occupation monastique précédente, reprise par ces ordres mendiants et apostolique, en conservant le nom d'usage. Pour toute l'histoire du monachisme et des abbayes en Europe Occidentale, la date de 1215 est capitale : elle fige les modèles juridiques, architecturaux, théologiques et sociologiques.
| Le Nord est situé à gauche du plan |
La nécessité de se défendre contre les attaques, l'économie d'espace et les besoins de circulation au sein de la communauté ont dicté peu à peu une disposition spécifique des pièces dans un monastère. De larges piliers de construction étaient érigés, avec de puissants murs extérieurs capables de résister à l'assaut de l'ennemi. À l'intérieur, tous les édifices nécessaires étaient disposés autour d'une ou plusieurs cours ouvertes, généralement entourées de cloîtres. L'exemple typique d'un agencement oriental peut être trouvé dans le monastère de la Grande Laure (Sainte Laure, « Lavra » en copte) du Mont Athos en Grèce, plus précisément en Macédoine de l'Est, et qui a été édifié en 961-963.
Le monastère, comme la grande majorité des monastères orientaux, est entouré d'un solide mur blanc entourant une zone de 10 000 à 16 000 m². Le côté le plus long fait près de 150 mètres. Il y a seulement une entrée principale sur la face nord (A), défendue par trois portes d'acier séparées. Près de l'entrée se trouve une grande tour (M), ce qui est une constante des monastères du Levant. Une petite poterne se trouve en (L). L'enceinte comprend deux grandes cours ouvertes, entourées de bâtiments qui communiquent avec les galeries du cloître en bois ou en pierre. La cour extérieure, plus grande, contient les entrepôts, les granges (K) et la cuisine (H), ainsi que d'autres pièces communiquant avec le réfectoire (G). Près de la porte d'entrée, on trouve une hôtellerie s'ouvrant sur un cloître. La cour intérieure est entourée d'un cloître (E) sur lequel s'ouvrent les cellules monacales (I). Au centre de cette cour se trouve l'église, un bâtiment carré avec une abside en croix de type byzantine et un narthex surmonté d'une coupole. Devant l'église se trouve une fontaine de marbre (F) couverte d'un dôme reposant sur des colonnes. S'ouvrant sur la partie ouest du cloître, mais se trouvant en fait dans la cour extérieure, se trouve le réfectoire (G), un vaste bâtiment en croix large de 30 mètres et long d'autant, décoré de fresques de saints. À son extrémité, on note un petit recoin circulaire qui rappelle le triclinium du palais du Latran à Rome, et dans lequel est placé le siège de l'abbé. Cette pièce est également utilisée comme lieu de réunion, les moines orientaux prenant habituellement leur repas dans des cellules séparées.
Ce plan d'un monastère copte, de Lenoir, montre une église avec trois allées, des absides disposées en cellules et deux rangées de cellules de chaque côté d'une longue galerie.
En Occident, le monachisme doit en grande partie son développement à Benoît de Nursie, né en 480. Sa règle dite « bénédictine », à partir de la fondation du Mont Cassin, s'est diffusée très rapidement dans toute l'Europe de l'Ouest. Partout, on assista à l'érection de monastères qui excédaient tout ce qui avait pu être vu jusque là par leur taille et leur splendeur. Rares étaient les grandes villes d'Italie à ne pas posséder leur couvent bénédictin, tout comme les grands centres d'Angleterre, de France ou d'Espagne. Le nombre de monastères fondés entre 520 et 700 est étonnant. Avant le concile de Constance en 1415, ce ne sont pas moins de 15 070 abbayes de cet ordre qui avaient été fondées ! La construction d'une abbaye bénédictine est uniformément disposée selon un plan modifié pour s'adapter aux particularités locales (à Durham ou à Worcester par exemple, où les monastères sont situés sur les rives d'une rivière).
Nous ne disposons d'aucun exemple subsistant des premiers monastères bénédictins : aucun n'a résisté aux ravages du temps et aux violences des hommes. Nous possédons cependant un plan élaboré du grand monastère suisse de Saint-Gall, construit en 820, qui nous permet de connaître un peu mieux la disposition d'un monastère de premier plan au . Ce plan a même fait l'objet d'un mémoire par Keller (Zürich, 1844) et le professeur Robert Willis (Arch. Journal, 1848, vol. v. pp. 86-117). Nous devons en grande partie à ce dernier la substance de la description qui suit, tout comme le plan ci-dessous, réduit à une transcription schématique de l'original qui reste conservé parmi les archives du couvent. L'apparence générale du couvent est celle d'un bourg de maisons indépendantes séparées par des rues. Il est très clairement construit en respectant la règle bénédictine qui préconisait que le monastère englobe l'ensemble des activités économiques, religieuses et sociales indispensables à la vie quotidienne. Il devait comprendre un moulin, une boulangerie et des écuries, le tout réuni à l'intérieur de l'enceinte afin que les moines aient le moins souvent possible le besoin d'en sortir.
La disposition générale de l'abbaye bénédictine peut être décrite ainsi : l'église et son cloître au sud occupent le centre d'une aire quadrangulaire d'environ 130 m de côté. Les bâtiments sont disposés en groupes, comme dans tous les grands monastères. L'église, en tant que centre de la vie religieuse de la communauté, en forme le noyau. À côté de l'église, sont disposés les bâtiments dédiés à la vie monastique et à la vie quotidienne des moines (le réfectoire pour se restaurer, le dortoir pour se reposer, la salle commune pour les relations sociales, le chapitre pour prier). Ces éléments essentiels de la vie monastique sont organisés autour d'une cour et d'un cloître, lesquels sont entourés d'une galerie couverte permettant de se déplacer entre les bâtiments tout en restant à l'abri des intempéries ou du soleil. L'infirmerie pour les moines malades, la maison du médecin et le jardin médicinal se trouvent à l'est. Dans le même groupe de bâtiments que l'infirmerie, on trouve l'école des novices. L'école extérieure, avec la maison de son maître sur le mur opposé de l'église, se trouve en dehors de l'enceinte du couvent, à proximité immédiate de la maison de l'abbé qui peut ainsi avoir un œil constant sur eux. Les bâtiments destinés à l'hospitalité sont divisés en trois groupes : un pour la réception de personnalités importantes, un pour les moines visitant le monastère, et un dernier pour les voyageurs pauvres et les pèlerins. Le premier et le troisième sont placés de chaque côté de l'entrée commune du monastère, l'hôtellerie pour les visiteurs importants étant quant à elle située contre la face nord de l'église, non loin de la maison de l'abbé. L'hospice destiné aux pauvres est contre la face sud, près des bâtiments de la ferme. Les moines sont logés dans une maison construite contre le mur nord de l'église. Le groupe des lieux destinés aux nécessités matérielles de l'établissement concerne les parties sud et ouest de l'église, et ces bâtiments sont très nettement séparés des bâtiments monastiques. On accède aux cuisines et aux salles de travail par un passage situé à l'extrémité ouest du réfectoire. Ces pièces sont reliées à la boulangerie et à la brasserie, placées encore plus loin. Les ailes sud et ouest sont dévolues aux ateliers, aux écuries et aux différents bâtiments agricoles.
À quelques exceptions près, les bâtiments semblent avoir été érigés en une seule fois, et tous, à l'exception de l'église, étaient en bois. L'ensemble était constitué de 33 blocs séparés.
L'église (D) est en forme de croix avec une nef de neuf baies, une abside semi-circulaire à chaque extrémité. À l'ouest, elle est entourée d'une colonnade semi-circulaire laissant un « paradis » (E) ouvert entre lui et le mur de l'église. La zone est divisée en tableaux à travers les nombreuses chapelles. Le grand autel (A) est situé immédiatement à l'est du transept, l'autel à Saint-Paul (B) à l'est, celui de Saint-Pierre dans l'abside ouest. Un campanile cylindrique se dresse de part et d'autre de l'abside ouest (F).
La cour du cloître (G), du côté sud de la nef de l'église, possède sur sa face est le « pisalis » ou « chauffoir », la salle où viennent s'asseoir les frères, chauffée par des conduites situées dans le sol. Sur ce côté des monastères, on trouve invariablement la maison du chapitre dont l'absence sur ce plan est curieuse. Il apparaît cependant à partir des inscriptions du plan que la promenade nord des cloîtres était destinée à la maison du chapitre, et était équipée de bancs sur ses côtés. Au-dessus du chauffoir se trouvait le dortoir, s'ouvrant sur le transept sud de l'église pour permettre aux moines d'être présents aux offices nocturnes lorsque c'était nécessaire.
Un passage situé à l'autre extrémité mène au « necessarium » (I), une partie du monastère toujours construite avec grand soin. À l'extrémité ouest, la face sud est occupée par le réfectoire (K), à partir duquel on peut accéder à la cuisine (L) par un vestibule. Celle-ci est séparée des bâtiments principaux du monastère et est reliée à un long passage menant au bâtiment contenant la boulangerie et la brasserie (M) ainsi que les chambres des serviteurs. La partie supérieure du réfectoire est le vestiaire, où les vêtements habituels des frères sont entreposés. Contre la face ouest du cloître se trouve un autre bâtiment à deux étages : la cellule occupe le rez-de-chaussée, et le garde-manger et l'entrepôt se partagent l'étage. Entre ce bâtiment et l'église, ouvrant par une porte vers le cloître et par une autre vers l'extérieur de l'enceinte monastique, se trouve le parloir pour les visites et les passages des personnes de l'extérieur (O). Sur la face est du transept nord se trouve le scriptorium (P1), au-dessus duquel est placée la bibliothèque.
À l'est de l'église se tient un petit groupe de bâtiments comprenant deux minuscules couvents. Chacun possède un cloître couvert entouré par les bâtiments habituels (réfectoire, dortoir, etc.) ainsi qu'une église et une chapelle sur le côté, placées dos à dos. Un bâtiment séparé commun contient les bains et la cuisine. Un de ces deux couvents miniatures est destiné aux oblats ou novices (Q), l'autre servant d'infirmerie aux moines malades. (R)
La « résidence des médecins » (S) est contiguë à l'infirmerie et au jardin médicinal (T), dans le coin nord-est du monastère. Près de ces pièces, on trouve une « pharmacie » ainsi qu'une chambre pour les malades à risque. La maison pour les « saignées et les purges » y est adjointe à l'ouest. (U)
L'école extérieure, au nord, contient une large salle de classe divisée en son milieu et entourée de 14 petites pièces, logements des étudiants. La maison du maître (W) est à l'opposé, construite contre le mur de l'église. Les deux « hospices » ou « hôtelleries » pour le repos des étrangers (X1, X2) comprennent une large chambre commune et un réfectoire en leur centre, entourés par les pièces aménagées pour dormir. Chaque hospice possède sa propre boulangerie et sa propre brasserie, avec en plus pour les voyageurs de haut rang une cuisine et un entrepôt ainsi que des chambriers pour les serviteurs et des écuries pour les chevaux. Il y a également un hospice pour les moines étrangers au monastère contre le mur nord de l'église.
Au-delà du cloître, à l'extrémité sud de la zone du couvent se trouve la « fabrique » qui contient les ateliers du cordonnier, du sellier, du coutelier, du rémouleur, du tanneur, des laveuses, des forgerons et des orfèvres ainsi que leur logements à l'arrière. On trouve également de ce côté les bâtiments de la ferme, le vaste grenier, la batterie (lieu où l'on bat les céréales) (a), les moulins (c) et la malterie (d). Face à l'ouest se trouvent les écuries (e), les étables (f), la bergerie des chèvres (g), les porcheries (h) ainsi que les bergeries (i) et les quartiers des laboureurs et des serviteurs (k). Dans le coin sud-est on trouve le poulailler ainsi que l'abri des canards et de la volaille (m) avec le logement de leur gardien (n). On voit également le jardin potager (o), les parcelles portant le nom des légumes qui y poussent : oignon, ail, céleri, laitue, pavot, carotte, chou, etc. Dix-huit variétés au total. De la même façon, le jardin médicinal présente le nom des herbes médicinales qui y cultivées et le cimetière (p) celui des arbres (pommier, poirier, prunier, cognassier) qui y sont plantés.
Cependant, ce plan ne correspondait pas à la réalité topographique de l'abbaye de Saint-Gall. Ce n'est pas une représentation géométrique de cet espace, mais plutôt un plan idéal, voire idéalisé de l'abbaye-type où chaque élément est à la place qu'on lui estime devoir avoir. L'analyse du plan ci-dessus reste valable, mais on doit conserver à l'esprit le fait que la stricte réalité pouvait être toute autre.
L'abbaye de Westminster est un autre exemple de grande abbaye bénédictine, identique dans ses grandes lignes à l'abbaye décrite ci-dessus. Le cloître et les bâtiments monastiques se trouvent au sud de l'église. En parallèle à la nef, contre la face sud du cloître se trouvent le réfectoire et ses salles de bains, près de la porte. Du côté est, on peut trouver les restes d'un dortoir bâti avec une structure voûtée et communiquant avec le transept sud. La maison du chapitre s'ouvre sur la même allée du cloître. Le petit cloître se trouve au sud-est d'un cloître plus grand, et plus à l'est on trouve les restes de l'infirmerie avec son couloir, et le réfectoire pour ceux qui ne pouvaient quitter leurs chambres. La maison de l'abbé forme une petite cour à l'entrée ouest, prés de la porte intérieure. Il reste des vestiges assez importants de cette abbaye, comme le parloir de l'abbaye, (la « Chambre de Jérusalem », à présent utilisée pour les Disciples du Roi de Westminster), ainsi que les cuisine et les crémeries.
L'abbaye Sainte-Marie d'York montre également la disposition bénédictine habituelle. L'enceinte est entourée par un solide mur fortifié sur trois de ses côtés, la rivière Ouse donnant une protection suffisante sur le quatrième.
L'entrée se fait par une solide porte au nord. Une chapelle s'élevait prés de la porte d'entrée, à l'endroit où se trouve maintenant l'église Saint-Olaf, dans laquelle les nouveaux venus payaient leurs dévotions dés leur arrivée. Près de la porte au Sud se trouvait l'hospice. Les bâtiments sont aujourd'hui complètement détruits, mais il reste assez de traces pour nous permettre d'identifier la grande église en croix, la cour du cloître avec la maison du chapitre, le réfectoire, la cour des cuisines et les bureaux attenants et les principaux appartements. L'infirmerie a complètement disparu.
L'histoire du monachisme est une suite de périodes de déclin et de renouveau. Forts d'une popularité et d'une estime grandissantes, les moines ont également vu croître leurs revenus, les amenant à engranger des richesses et à s'approprier des biens matériels toujours plus nombreux. Après que les premières ardeurs religieuses se furent apaisées, la sévérité de la règle s'est peu à peu détendue jusqu'au . Le relâchement était tel que des moines français de cette époque disaient ne pas être au courant de la règle de Saint-Benoît, ignorant même s’ils étaient soumis à une règle ou pas. Ce laisser-aller a conduit à la formation de nouveaux ordres monastiques avec des règles plus strictes, qui nécessitaient une adaptation de l'architecture des abbayes.
Un des premiers de ses ordres était celui de Cluny. Il tire son nom du petit village de Cluny, près de Mâcon, où une abbaye bénédictine réformée a été fondée en 909 par Guillaume I, duc d'Aquitaine et comte d'Auvergne, qui l'a placée sous la direction de Bernon, abbé de Beaume. Odon, souvent décrit comme le fondateur de l'ordre, lui a ensuite succédé. La renommée de Cluny s'est étendue loin au-delà du monastère d'origine. Sa règle rigide a été adoptée par un grand nombre de vieilles abbayes bénédictines qui se sont affiliées à la maison mère, et les nouveaux monastères, de plus en plus nombreux, désiraient tous se rattacher à Cluny. À la fin du , le nombre de monastères affiliés à Cluny en Europe occidentale atteignait 2000. L'établissement de Cluny était un des plus grands et magnifiques de France. On peut se faire une bonne idée de ses dimensions grâce au Pape Innocent IV, qui a visité Cluny accompagné de douze cardinaux, d'un patriarche, de trois archevêques, des deux généraux des Cartusiens et des Cisterciens, du Roi Saint-Louis et de trois de ses fils, de la reine-mère, Baldwin, du comte de Flandre, de l'empereur de Constantinople, du duc de Bourgogne et de six lords. Tous logèrent au sein du monastère avec leurs suites, sans causer le moindre dérangement aux moines. La quasi-totalité des bâtiments de l'abbaye, y compris l'église monumentale, ont été vendus comme biens nationaux, puis détruits à la fin du .
À Cluny, l'église et le plan général de l'ensemble ressemblent de manière frappante à la cathédrale de Lincoln. L'église Cluny III était très vaste : plus de 141 m de long sur 65 m de large. Le chœur se termine par une abside semi-circulaire entourée de 5 chapelles également semi-circulaires. L'entrée ouest était constituée du narthex flanqué de deux tours. Au sud de l'église se trouvait la cour du cloître immense, placée beaucoup plus à l'ouest qu'à l'accoutumée. Au sud du cloître se trouvait le réfectoire, un bâtiment imposant d'environ 30 mètres sur 20, rempli de six rangées de tables en longueur et de trois en travers. Il était orné des portraits des bienfaiteurs de l'abbaye et d'objets scripturaux. Sur le mur du fond était peint une scène du Jugement Dernier. Nous ne pouvons malheureusement pas identifier les autres bâtiments principaux. Restent la maison de l'abbé, encore partiellement debout près de l'entrée, l'hospice et la très vaste boulangerie.
La première maison clunisienne en Angleterre a été fondée à Lewes par le comte de Warren en 1077. Il ne reste que quelques fragments des bâtiments de service. Les abbayes clunisiennes les mieux conservées d'Angleterre sont Castle Acre, dans le Norfolk, et Wenlock dans le Shropshire. Les plans sont présentés dans les Antiquités architecturales de John Britton. Ils nous montrent des différences notables avec la disposition bénédictine. Dans chacune d'entre elles, la maison du prieur est d'une remarquable perfection. Toutes les maisons rattachées à Cluny étaient des dépendances françaises dirigées par des prieurs de cette nationalité. Ils n'ont obtenu leur indépendance que sous le règne d'Henri VI. Malgré son éclat, le renouveau clunisien a été de courte durée. Sa réputation et sa célébrité sont à l'origine de son déclin. Après une croissance considérable de leur ordre, les moines clunisiens sont devenus aussi riches et peu disciplinés que leurs prédécesseurs. Une nouvelle réforme est alors devenue nécessaire.
Le renouveau monastique suivant a été celui des cisterciens, qui s'est développé au . L'ordre a bénéficié d'une plus large diffusion et d'une existence plus durable et honorable que son prédécesseur. Il doit sa véritable origine à une communauté distincte de bénédictins fondée en 1098 par Stephen Harding (un natif de Dorset, éduqué au monastère de Sherborne). Son nom dérive de Cîteaux (Cistercium), une contrée désolée et quasi-inaccessible au milieu de la forêt, entre Champagne et Bourgogne.
La croissance rapide et la large célébrité que connaît l'ordre sont sans aucun doute dues en grande partie à la piété enthousiaste de Saint-Bernard, abbé de la première communauté cistercienne, laquelle s'établit à l'abbaye de Clairvaux en 1116. La règle rigide privilégiant l'abnégation régissait entièrement cette congrégation, et s'est ensuite étendue aux nouvelles communautés affiliées.
Les deux caractéristiques centrales des abbayes cisterciennes sont donc leur simplicité poussée à l'extrême et une sobriété très étudiée. Une tour centrale unique était permise et devait être aussi basse que possible. Les artifices superflus et les tourelles étaient également interdits. Un triforium, de même, était à exclure. Les fenêtres devaient être claires et non divisées, et il était interdit de les décorer avec des vitraux. Tout ornement inutile se voyait ainsi proscrit. Les croix se devaient d'être en bois, les chandeliers en fer. La renonciation au monde devenait de ce fait une évidence pour tout ce que rencontrait l’œil.
Le même souci s'observe dans l'implantation géographique des monastères : plus un lieu était sauvage, isolé et éloigné de toute civilisation, meilleures étaient ses chances d'accueillir une communauté. Il ne faut néanmoins pas seulement considérer les cisterciens comme des ascètes, mais aussi comme des précurseurs ayant permis certains progrès. Les monastères cisterciens étaient en effet construits dans des vallées profondes et bien irriguées, généralement au bord d'un cours d'eau, parfois plus en hauteur. Ces vallées, à présent si riches et si florissantes, présentaient un aspect bien différent quand les frères les ont choisies comme lieu de retraite. Grands marais, marécages profonds et forêts impénétrables étaient des critères de choix ! La « claire vallée » de Clairvaux était réputée comme une vallée recouverte de forêts et remplie de brigands. « C'était une solitude si morne et si sauvage, une terre si stérile qu'au début, Bernard et ses compagnons en furent réduits à vivres sur des feuilles de hêtres ». (Milman, Hist. of Latin Christianity, vol. iii. p. 335.)
Ci-dessus, le plan de l'abbaye Saint-Augustin à Bristol (aujourd'hui cathédrale de la ville) montre la disposition des bâtiments, qui se démarque par quelques aspects du modèle bénédictin classique. La maison des chanoines augustiniens à Thornton, dans le Lincolnshire, est remarquable par la taille et la magnificence de son entrée, les étages supérieurs formant l'hôtellerie de l'établissement, ainsi que par sa maison du chapitre octogonale.
Les chanoines réguliers de Prémontré (aussi appelés chanoines blancs) disposaient de près de trente-cinq établissements en Angleterre, dont les représentants les plus emblématiques se trouvent à Easby dans le Yorkshire et à Bayham dans le Kent. La maison principale de l'ordre en Angleterre se situait à Welbeck. Cet ordre était une branche réformée des chanoines augustiniens, fondée en 1119 par Norbert de Xanten à Prémontré, une vallée marécageuse et retirée de Coucy prés de Laon. L'ordre s'est largement répandu. Alors que son fondateur était encore en vie, l'ordre possédait déjà des maisons en Syrie et en Palestine. Il a longtemps maintenu une austérité stricte jusqu'à ce qu'avec le temps, la richesse affecte la discipline et que ses membres sombrent dans l'indolence et le luxe.
Les membres de l'ordre de Prémontré ont investi l'Angleterre à partir de 1140 et se sont installés à Newhouse, dans le Lincolnshire, près de Humber. Le plan de l'abbaye d'Easby est irrégulier à cause de sa situation et du tracé irrégulier de la rivière sur les bords de laquelle il est installé. Le cloître est dûment placé au sud de l'église, et les bâtiments principaux occupent leurs positions habituelles autour d'elle. Mais le cloître n'est pas rectangulaire, et les bâtiments qui l'entourent sont placés assez difficilement. L'église suit le plan adopté par les chanoines augustiniens dans leurs abbayes du nord et ne possède qu'une seule allée dans la nef alors que le chœur est long, étroit et dépourvu d'allée. Chaque transept possède une allée à l'est, formant trois chapelles.
L'église de Bayham était dépourvue d'allée dans la nef comme dans le chœur, ce dernier se terminant dans une abside à trois côtés. Cette église est remarquable en raison de son excessive étroitesse en comparaison de sa longueur : pour une longueur de 78 mètres, sa largeur ne dépasse pas 8 mètres. Les sévères membres de l'ordre ne voulaient pas de grands rassemblements et ne caressaient aucun rêve de prospérité : ils ont donc construit leur église comme une longue pièce.
Établi par Saint Bruno autour de 1084, l'ordre des chartreux a développé une forme largement modifiée de l'institution monastique. Le principe de cet ordre était de combiner les aspects cénobitiques de vie en groupe avec l'idéal de vie en solitaire. Ce postulat a demandé l'érection de bâtiments sur un nouveau modèle de plan. Ce plan, adopté en premier par Saint Bruno et ses douze compagnons de l'institution à Chartreux, près de Grenoble, a été suivi dans tous les établissements cartusiens à travers l'Europe, y compris après le relatif relâchement de la discipline extrêmement stricte de cet ordre. Mais la simplicité primitive de ces établissements a alors été troquée contre la magnificence de la décoration caractérisant certaines communautés à Pavie ou Florence.
Si l'on se réfère à la règle de Saint Bruno, tous les membres de la fraternité cartusienne doivent vivre dans l'absolue solitude et le silence. Chacun d'entre eux occupe une petite maison séparée dans un petit jardin, les maisons étant entourées de grands murs et reliées par un couloir ou un cloître commun. Dans ces petites maisons ou cellules, le moine chartreux vit dans le plus strict ascétisme, vouant son seul logement solitaire au service de l'Église, à l'exception de certains jours où les moines devaient se rassembler dans le réfectoire. Les particularités de la disposition d'un monastère cartusien nous sont fournies par celui de Clermont, d'après les observations de Viollet-le-Duc.
La notion de désert est ici particulièrement développée. Cet espace de nature presque inviolé et silencieux constitue un lieu de transition entre la vie monastique et le monde séculier. En France et plus précisément en Isère, le désert de la Grande Chartreuse est devenu site historique et naturel protégé jusqu'à être même interdit de survol.
L’établissement est entouré par un mur, coiffé à intervalles réguliers de tours de guet. La surface est divisée en deux cours : la cour la plus à l'est, entourée par le cloître, et sur laquelle les logement des moines s'ouvrent, est de loin la plus grande. Les deux cours sont séparées par les bâtiments principaux du monastère, notamment l'église et le sanctuaire, lui-même séparé du choeur des moines par un rideau et deux autels, le plus petit cloître au sud étant entouré de la maison du chapitre, du réfectoire (ces bâtiments occupent leurs positions normales) et de la chapelle de Pontgibaud. La cuisine et ses dépendances, derrière le réfectoire, sont accessibles par la cour extérieure sans avoir à entrer dans le cloître.
Au nord de l'église, au-delà de la sacristie et des chapelles latérales, on trouve la cellule du sous-prieur avec son jardin. La loge du prieur occupe le centre de la cour extérieure, juste en face de la porte ouest de l'église et de la porte d'entrée du couvent. Une petite cour ornée d'une fontaine se trouve devant. Cette cour extérieure donne également sur les hôtelleries, les écuries et les loges des frères convers, les granges et les greniers, le pigeonnier et la boulangerie. On y trouve aussi une prison. Chez toutes les communautés anciennes comme à Witham, il y avait dans la cour extérieure une église plus petite en plus de la grande réservée aux moines. Les cours intérieure et extérieure sont reliées par un long passage assez large pour laisser passer un char rempli de bois, afin de pouvoir approvisionner les cellules des frères en bois de chauffage.
Dix-huit cellules entourent le grand cloître, toutes arrangées sur le même plan. Chaque petit logement comprend trois pièces : une salle de repos chauffée par un fourneau en hiver, une chambre avec un lit, une table, un banc, une bibliothèque et enfin un cabinet. Entre la cellule et la galerie du cloître se trouve un passage ou un couloir qui isolaient les occupants des cellules de tout mouvement ou bruit qui aurait pu interrompre leur méditation. Le supérieur avait accès à ce couloir, d'où il pouvait inspecter les jardins sans être vu. On trouvait aussi une trappe ou une table tournante qui permettait de distribuer la ration quotidienne de nourriture par un frère voué à cette tâche, ne permettant aucune vue ni vers l'intérieur, ni vers l'extérieur. Un jardin est cultivé par l'occupant de la cellule autour de sa maison de bois.
La disposition ci-dessus se retrouve avec quelques très faibles variantes dans toutes les maisons de chartreux en Europe. L'établissement du Yorkshire au Mount Grace, fondé par Thomas Holland, jeune duc du Surreu, neveu de Richard II et maréchal d'Angleterre, pendant le renouveau de l'ordre autour de 1397, en est l'exemple le plus parfait et le mieux conservé d'Angleterre.
Cet ensemble est caractérisé par toute la simplicité que l'on retrouve chez cet ordre. L'église est ainsi une modeste construction étroite et dépourvue d'allées. À l'intérieur de l'enceinte, on trouve deux cours. La plus petite, au sud, présente la disposition habituelle de l'église, du réfectoire, etc. Elle s'ouvre sur un cloître. Les bâtiments sont simples et solides. La cour nord permet l'accès aux cellules, qui sont au nombre de quatorze. Elle est entourée d'un double mur de pierre. Entre ces deux cours se trouvent les cellules, chacune possédant son propre jardin. Ce sont de petites maisons basses, avec deux ou trois pièces de plain pied éclairées par deux fenêtres latérales (une grande et une plus petite). Elles possèdent une porte donnant vers la cour et une à l'arrière, opposée à celle dans le mur extérieur à travers laquelle le moine pouvait transporter ses ordures. À côté de la porte menant à la cour se trouve une petite trappe à travers laquelle la nourriture quotidienne était distribuée, disposée sous un angle tel que personne ne pouvait voir à travers, ni dans un sens, ni dans l'autre. Un exemple encore fonctionnel de ce système de trappes existe encore à Miraflores près de Burgos, qui reste à peu prés identique à ce qu'il devait être en 1480.
Il y avait seulement neuf maisons cartusiennes en Angleterre. La plus ancienne était celle de Somerset, fondée par Henri II par qui l'ordre a été importé en Angleterre. La plus riche et la plus magninique est celle de Sheen ou Richmond dans le Surrey, fondée par Henri V vers 1414. Les dimensions des bâtiments à Sheen devaient être très grandes : la grande cour mesurait 91 mètres sur 76, les cloîtres étaient des carrés de 152 m de côté et la salle mesurait 34 métres sur 18.
Un article sur les constructions monastiques serait incomplet sans tenir compte des couvents des ordres mendiants, c'est-à-dire les dominicains, les franciscains, les carmélites et les augustiniens. Ces ordres sont apparus au début du avec la croissance des villes. Alors que les bénédictins et leurs diverses variantes se consacraient à leurs propriétés agricoles, les frères mendiants opéraient différemment. Ils s'installaient dans les villes, de préférence dans les quartiers les plus pauvres et les plus densément peuplés. Les frères mendiants ont donc dû adapter leurs bâtiments à ces nouvelles contraintes.
Une disposition régulière, même si elle a été étudiée, s'est révélée impossible. Leurs églises, construites pour la réception de larges foules d'auditeurs plutôt que pour les uniques hommes du culte, forment un cas à part, bien différent des plans adoptés par les ordres précédents. C'étaient en général de longs parallélogrammes non coupés par des transepts. La nef consistait habituellement en deux corps égaux, l'un contenant les stalles des frères, l'autre entièrement libre d'accès. Le chœur en tant que tel est difficile à situer, tant l'église toute entière ne forme qu'une seule structure ininterrompue, bordée de fenêtres. L'extrémité est généralement de forme rectangulaire, mais l'église des frères de Winchelsea possède une abside polygonale. Il arrive que l'on trouve un transept unique, parfois de grande taille, quelquefois plus grand que la nef elle-même. Cette disposition est fréquente en Irlande, où les nombreux monastères offrent d'admirables exemples de ces particularités architecturales. Au début, ces églises étaient dépourvues de clocher, mais aux et s, des tours hautes et minces ont été communément insérées entre la nef et le chœur. Le monastère des frères gris de Lynn, où le clocher est hexagonal, est un bon exemple. La disposition des bâtiments monastiques est aussi très caractéristique : elle n'a rien à voir avec la régularité des bâtiments des ordres plus anciens. Au couvent des Jacobins à Paris, le cloître se tient au nord de la longue église étroite de deux allées, alors que le réfectoire, une pièce de très grande taille plutôt détachée du cloître, s'étend dans la zone qui se trouve devant la face ouest de l'église. À Toulouse, la nef possède également deux nefs parallèles, mais le chœur est absidal avec des chapelles rayonnantes. Le réfectoire s'étend du côté nord, juste à l'angle du cloître qui se trouve au nord de l'église, la sacristie et la maison du chapitre se tenant à l'est.
Tous les grands monastères ont eu sous leur dépendance de plus petites fondations connues sous le nom de prieurés. Parfois, ces fondations ne comportaient qu'un seul bâtiment servant de résidence ou de ferme, alors que d'autres étaient de véritables monastères miniatures pour cinq à dix moines. Les fermes étaient généralement exploitées par des frères convers sous la supervision d'un seul moine.
Les abbayes en règle sont dirigées par des abbés réguliers qui participent pleinement à la communauté de l'abbaye et qui sont garants de sa fonction religieuse.
Fréquemment l'autorité royale a modifié le statut des monastères en abbayes en commende. Ainsi elle nommait à leur tête un clerc non moine appelé abbé commendataire. Ce dernier pouvait vivre en dehors de l'abbaye, voire ne jamais s'y déplacer. Il bénéficiait de revenus liés à l'entretien de sa charge, et les abus étaient fréquents. La commende a entraîné le déclin de nombreuses abbayes, avec la paupérisation de la communauté, l'abandon progressif de sa vocation initiale religieuse, conséquence des frustrations et colères qu'elle a engendrées chez les moines.
Certaines villes furent dirigées par les supérieurs d'une de leurs abbayes. On parle alors de prince-abbé.
Les sites des principales abbayes françaises :
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