L'élision est un type d'apocope, qui sont toutes deux des modifications phonétiques ressortissant aux métaplasmes. Elle consiste en l'amuïssement de la voyelle finale d'un mot devant un autre mot à initiale vocalique (en d'autres termes, l'effacement d'une voyelle en fin de mot devant la voyelle débutant le mot suivant) ; c'est une possibilité de résolution de l'hiatus (comme la liaison) et donc, pour le coup, aussi une forme de synalèphe.
Dans la plupart des cas, elle n'est pas écrite mais bien prononcée : chante avec moi → chant'avec moi, tu chantes + avec moi → tu chant'avec moi, ils chantent + avec moi → ils chant'avec moi. Dans le vers poétique français, l'élision du « e caduc » suit des règles strictes (décrites dans l'article sur le vers), pour des raisons métriques, en fin de mot devant voyelle ou en fin de vers :
D'autres voyelles peuvent être concernées, comme /i/ dans si : si + il → s'il. Les élisions d'autres voyelles que le e « caduc » sont rares et toujours écrites, sauf dans la langue parlée, dans un registre courant : tu es sera réalisé *, qu'on pourrait transcrire t'es.
L'élision permet donc d'éviter le hiatus mais ce n'est pas le seul procédé disponible. En français toujours, le hiatus peut aussi être éliminé par l'insertion d'une consonne euphonique. Par exemple, ce, quand il est déterminant devient cet (par imitation du féminin) : ce + arbre → cet arbre, ou bien dans donne-t-il.
D'autres empêchent l'élision sans commencer par un tel h : ce sont des mots fréquents et monosyllabiques dont on a voulu conserver l'identité : onze, un (quand il est numéral et non article (grammaire)), huit (mais on fait la liaison dans les nombres composés : dix-huit /diz‿ɥit/, vingt-huit /vɛ̃t‿ɥit/). Par exemple, on dira le Onze de France, je compte de un à trois, numéro gagnant : le huit).
Or, dans certains mots composés, elle est fautive. Presqu'île est correct, mais les graphies anciennes grand'mère, grand'rue ou la graphie actuelle prud'homme ne sont pas motivées. En effet, il n'y a étymologiquement pas de -e élidé que l'apostrophe remplacerait. Grand dans les mots composés dont le deuxième terme est féminin (mère, rue) est un ancien féminin (grant en ancien français, écrit grand plus tard). Grand-mère et grand-rue sont donc des constructions archaïques qui ne nécessitent pas l'apostrophe. Quant à prud'homme, il devrait s'écrire soit prud homme soit prudhomme car c'est un mot composé d'une forme archaïque de preux, à savoir prod, sans e final (c'est un masculin).
Notez que l'apostrophe ne réprésente pas systématiquement une élision : celle de l'anglais I'm « je suis » sert à remplacer la voyelle a de am, tombée par aphérèse, celle dans doesn't (pour does not) l'étant par amuïssement au sein d'un groupe de mots univerbés. Aucune n'est une voyelle finale devant voyelle initiale.
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